Dans les collectifs de travail, l’attention se porte souvent sur ce qui ne fonctionne pas : tensions, difficultés, dysfonctionnements. Ce sont ces éléments qui mobilisent l’énergie, appellent des réponses et déclenchent des interventions. À l’inverse, ce qui fonctionne est rarement interrogé. Cela va de soi, ou semble aller de soi.
Pourtant, le fonctionnement d’un collectif repose sur des éléments souvent peu visibles : des manières de faire partagées sans être formalisées, des ajustements quotidiens, des formes de coopération implicites, ou encore des équilibres qui se construisent dans le temps. Ces éléments permettent au travail de tenir, parfois dans des contextes contraints ou incertains.
Lorsque ces appuis ne sont pas repérés, ils restent fragiles. Ils peuvent dépendre de certaines personnes, de configurations particulières ou d’habitudes installées. Ils sont alors difficiles à transmettre, à discuter ou à faire évoluer. Et ils peuvent se défaire rapidement lorsque le contexte change.
Travailler une situation ne consiste donc pas uniquement à s’intéresser à ce qui pose problème. Cela peut aussi permettre de rendre visibles ces éléments qui font tenir le collectif, de les mettre en discussion et de les partager. Ce travail ne vise pas à figer ce qui fonctionne, mais à en comprendre les conditions, pour qu’elles puissent être appropriées collectivement.
C’est dans cette attention portée à ce qui fonctionne, autant qu’à ce qui résiste, que des évolutions peuvent se construire de manière plus solide.
